[ Edit de Z'arno - Néfertari est très productive ces temps derniers, et toujours avec autant de talent !
(contrairement à moi qui n'ai même plus le temps de dessiner pour ma production personnelle, mais ça va revenir vite !). Pour les amateurs de lecture, la chronique qui suit trouvera grâce à
leurs yeux. (Pis ceux qu'aiment pas lire, oui qui n'en sont qu'aux voyelles, l'envie furieuse vous prendra peut-être !) ]
Hirad Coeurfroid est un guerrier. Un vrai. Aussi large que haut, la crinière en bataille nouée en queue de
cheval, une épée monumentale accrochée dans le dos, quelques dagues cachées dans ses bottes, une hache à portée de main (on n’est jamais trop prudent !), il n’a pas son pareil pour décapiter
ses ennemis, quand ils ne les éventre pas. Au cœur de la bataille, les têtes volent, les tripes se répandent et si d’aventure, notre barbare se trouve dépossédé de ses armes favorites, ses poings
et ses coups de boule meurtriers font l’affaire. Hirad est un Raven. Ils sont sept. Sept mercenaires au service des barons, seigneurs et autres nobles de Balaia qui se livrent des guerres sans
merci pour une frontière, une forteresse, un droit de passage ou toute autre raison, mauvaise, cela va de soi. Mais attention ! Se payer les services des Ravens est un luxe. Normal, ce sont
les meilleurs. Et ils n’acceptent pas n’importe quelle mission. Mercenaires, oui, assassins, non.
Les Ravens, c’est Hirad Coeurfroid, mais c’est aussi le Guerrier Inconnu (le stratège de cette fine équipe), Sirendor Larn, Talan, Ras et
Richmond qui constituent ce que l’on fait de mieux dès qu’il s’agit de guerroyer. Le dernier larron n’est autre que Illkar, elfe-mage, passé maître dans l’art de protéger ses copains grâce à des
boucliers de protection magique, mais qui peut néanmoins provoquer beaucoup de dégâts dans le camp ennemi en lançant divers sorts tels orbeflamme, grêlepluie et autre forcecônique. Normal, la
magie est partout, représentée par quatre Collèges qui se bouffent le nez continuellement et il n’est pas une armée qui ne compte dans ses rangs une brochette de mages plus talentueux les uns que
les autres dans l’art de tuer. Mais Illkar, c’est une pointure. Et il a choisi le camp des Ravens. Ajoutez à tout ça un seigneur dragon et toute sa couvée, des sorciers maléfiques surpuissants et
une invasion du continent Est par des Ouestiens avides de conquêtes, de pillages et de massacres…le décor est planté, l’aventure peut commencer.
« Les Chroniques des Ravens » (trois tomes) suivies des « Légendes des Ravens » (trois autres tomes) est une formidable
saga d’héroic-fantaisy écrite par un jeune Anglais, James Barclay. Pour un premier roman, c’est une réussite ! Mais quand on sait que le gaillard est un admirateur inconditionnel de David
Gemell (Druss la Légende) et que l’élève a décidé de marcher dans les pas de son maître (et non pas de le copier.), on n’est plus vraiment étonné. Le thème de cette saga est traitée avec
maestria, le suspense est à chaque page, l’écriture est riche, parfois légère et parfois profonde, agrémentée d’une pointe d’humour cynique à souhait. Tout ce qu’on aime quoi ! Mais ne vous
méprenez pas ! On est loin du conte de fée rose bonbon ! Guerriers et mages, elfes et dragons, seigneurs et manants tentent de survivre dans un monde de violence, de traitrise et de
machiavélisme, un univers de sang, de sueur et de larmes. La désolation et la mort vont défier les Ravens et leur solide amitié en un combat titanesque. Les chants désespérés ne sont-ils pas les
plus beaux ? Ne vous attendez pas non plus à un éloge du guerrier parfait, aussi intelligent que beau et bodybuildé, à qui tout réussit ! Les Ravens sont certes des cadors dans leur
domaine, mais ils sont vieillissants, couturés de partout et leur avenir professionnel sur le déclin. Hirad Coeurfroid avoue lui-même mettre du temps à comprendre les choses les plus élémentaires
et aucun ne ressemble à une gravure de mode. Ils s’engueulent souvent, connaissent parfois la peur et n’ont pas le temps de conter fleurette aux jolies villageoises. En plus, à force d’être sans
cesse sur les quatre chemins par tous les temps, ils puent comme des boucs. On est bien loin de l’image glamour de James Bond ! N’empêche, je peux vous assurer qu’on s’y attache à ces
barbares d’un autre temps !
Alors, si le cœur vous en dit, n’hésitez pas et plongez avec les Ravens au cœur de Balaia. Scandez avec le Guerrier Inconnu leur cri de
raliement en martelant le sol de la pointe de votre épée : « Ravens ! Ravens avec moi ! » Sensations et émotions garanties, paroles de momie ! Pour être
tout à fait complète, j’ajoute que ces bouquins sont édités aux éditions Bragelonne et (c’est là le hic !) ils sont chers ! (20 euros le livre, c’est pas donné je sais, alors, avant
d’acheter, essayez de l’emprunter à un copain lecteur ou essayez de vous les faire offrir ! En ces temps de disette, y a pas de petites économies !)
Et puis quand même, un petit coup de gueule ! (Néfertari ne serait pas Néfertari !) A tous ces critiques littéraires de mes fesses, à
ces écrivains pitoyables dont l’unique but est le prix Goncourt (pauvres types va !), à ces éminents profs de français qui s’octroient le droit de dire à nos gosses ce qu’il faut lire et
surtout ce qu’il ne faut pas lire, à ces soi-disant intellos-philosophes qui se pavannent dans les salons de l’intelligentsia parisienne, bref, à tous ces minables qui se sont permis de déclarer
que «l’héroic-fantaisy n’est pas de la vraie littérature », moi, Grande Epouse Royale d’une des civilisations les plus brillantes de l’humanité (ça en jette hein !), mais
surtout vieille momie emprunte de sagesse, d’expérience et de moult lectures aussi variées les unes que les autres, je vous dis «Bande de nazes ! »Et encore, je reste polie ! Par
Osiris, Tolkien est un des plus grands écrivains que ce monde ait connu et « Le Seigneur des Anneaux » reste une œuvre magistrale, inégalée à ce jour ! L’héroic-fantaisy
incite chaque jour des jeunes (et des moins jeunes !) à ouvrir un bouquin pour la première fois. Alors, si la « vraie littérature », c’est nous transmettre des émotions, nous
prouver que notre langue est une des plus belles et des plus riches de cette planète, et surtout à inviter le plus grand nombre de gens à lire, je persiste et signe : l’héroic-fantaisy est
bien de la littérature (parmi bien d’autres genres, cela va de soi). Mais si la « vraie littérature » ou du moins celle décrite comme telle, c’est écrire pour une élite en collant au
plus près aux thèmes de la mode en vigueur, s’abaisser à lécher à la manière obséquieuse d’un courtisan les escarpins d’éditeurs corrompus et d’académiciens décatis et baveux parce qu’ils font la
pluie et le beau temps pour l’attribution des prix littéraires, alors je suis d’accord : la fantaisy n’a rien à voir avec cet art consommé qui pue un max ! Et c’est tant
mieux !
Néfertari
(Mille excuses pour la longueur de cette chronique ! Je sens que Z’arno va râler !)